Le but, c'est de passer inaperçu.
Pierre Martinet a 43 ans. C'est un ancien agent secret de la DGSE.
Dans son livre : un agent sort de l'ombre, il raconte la vraie vie d'un espion français. Rien à voir avec celle de James Bond.
Comment êtes-vous devenu espion ?
Je suis entré dans l'armée à 18 ans, au régiment de parachutistes de Carcasonne (Aude).
Pendant 15 ans, j'ai fait partie d'une force d'interposition. Je suis allé à Beyrouth (Liban), au Tchad, au Centrafrique, en Nouvelle-Calédonie.
J'ai croisé des gens du service action de la DGSE et j'ai eu envie de travailler avec eux. J'ai postulé et j'ai été sélectionné.
Quelles étaient vos missions ?
La première s'est déroulée à Londres (Grande-Bretagne) en 1998. Il y avait des menaces d'attentats en France, au moment de la Coupe du monde de foot. J'enquêtais sur des présumés terroristes : je faisais des filatures, des photos, des organigrammes [tableaux] pour déterminer les rôles de chacun, leurs contacts.
J'ai surtout fait de la surveillance. J'avais deux fausses identités. Les noms étaient tirés de l'annuaire !
Avez-vous déjà espionné des enfants ?
Oui car l'une de mes « cibles » était père de famille. Il déposait ses enfants tous les jours à l'école.
Avez-vous séduit des femmes pour obtenir des renseignements ?
Non. J'en ai séduit plus dans ma vie privée !
Avez-vous tué des gens ?
Non
Quels gadgets modernes avez-vous utilisés ?
Mon seul gadget, c'était mon appareil-photo Nikon.
Vous risquiez votre vie ?
Non, j'étais un touriste dans la foule ! Le but d'un espion, c'est de passer inaperçu. Même si j'étais repéré, j'étais dans un pays en paix et je ne risquais pas grand-chose. J'ai risqué plus souvent ma vie en Afrique ou au Liban.
Vous avez fait le tour du monde. Parlez-vous plusieurs langues ?
Inutile puisqu'on est des « touristes » ! Sur place, on se débrouille toujours.
Quelles sont les qualités d'un espion ?
Savoir s'adapter, être ingénieux et ne pas avoir peur de la solitude. Je partais pendant 15 jours. Mais d'autres partaient pendant 3-4 mois et ils ne pouvaient pas contacter leur famille.
Vous cachiez votre métier dans la vie ?
Oui et c'est un souci. On vit un peu dans le mensonge nécessairement. On peut vite devenir schizophrène.
Vous avez quitté la DGSE en 2001. Que faites-vous aujourd'hui ?
Je prends des courts de théâtre et je commence le tournage d'un film.
Quel rapport entre les métiers d'espion et d'acteur ?
Il y a beaucoup de ressemblances. On se met dans la peau de quelqu'un d'autre. Quand on prend une fausse identité, on joue un rôle. Une partie de soi est dans la lumière, l'autre est dans l'ombre.
Beaucoup d'enfants aimeraient devenir espions. Quels conseils leur donner ?
Soit on fait des études très poussées pour travailler à la DGSE en optant par exemple pour des études supérieures type “science-po”, “polytechnie”, “écoles d'ingénieur”etc...
Soit on entre dans l'armée et on postule à la DGSE. C'est un métier sympa si on aime l'action. Ça apprend à être courageux. Quand on revient de certains pays du Moyen-Orient, on se dit que la France est un pays merveilleux et qu'on a beaucoup de chance d'y vivre.