Evaluation de la pensée critique

Evaluation de la pensée critique
Qu'est-ce que le raisonnement critique ?

La pensée critique est l'une des nombreuses facettes de l'intelligence. Elle revient à porter un jugement réfléchi sur une situation complexe ou sur un raisonnement, une argumentation. Ce jugement est fondé sur des données clairement identifiées et va permettre d'aboutir à une conclusion logique afin de décider ce qu'il faut croire ou faire.
Quel que soit le contexte, une personne utilisant la pensée critique va se poser des questions telles que : « Quel est coeur du problème ? », « Quelle approche dois-je utiliser pour le résoudre ? », « Ces données me permettent-elles bien de tirer cette conclusion ? », « Cet argument n'est-il pas en opposition avec celui-ci ? », « Si cela est vrai, alors qu'est-ce que cela entraîne ? »...

Exemple de question

Les nouveaux ordinateurs sont souvent équipés d'un système d'identification par empreintes digitales. Cela permet de restreindre l'accès à l'ordinateur aux seules personnes qui se sont identifiées de cette manière. Le système est tellement performant que les personne spécialistes dans la reproduction d'empreintes digitales ne pourraient faire une copie qui puisse le tromper.

Quelle conclusion peut-on logiquement tirer du passage ci-dessus ?

a) Le temps que met ce système d'identification à identifier un utilisateur n'est pas adapté à un usage quotidien.
b) Ce système va bientôt être installé sur les ordinateurs dans de nombreuses banques.
c) Personne ne pourra accéder aux données même s'il dispose d'une expertise en reproduction d'empreintes digitales.
d) Ce système d'identification est le fruit de nombreuses années de travail et de perfectionnement.
e) Il arrive souvent que même des personnes dont l'accès est autorisé ne puissent pas accéder à leur données.

Réponse : Le temps que met ce système à identifier un utilisateur n'est pas précisé, pas plus que s'il intéresse les banques, combien de temps a été consacré à sa création ou s'il entraîne des problèmes pour les utilisateurs. La bonne réponse est la C.

Les principales composantes de la pensée critique evaluées dans le test

1) Le facteur « Analyse critique » correspond à la faculté de reconnaître et de comprendre les idées et théories qui constituent une argumentation.

Savoir reconnaître la logique d'un discours et percevoir des sous-entendus permet d'avoir une vision précise de la situation. On va ainsi faire le tri parmi les informations reçues et on les analysera pour déterminer quelle sera la meilleure façon d'agir.

L'analyse critique est une compétence que l'on utilise au quotidien, dans la lecture en général, mais aussi quand on essaie de nous convaincre de faire quelque chose, que ce soit d'acheter un produit, d'aller voir la belle-famille ce week-end ou de voter pour tel ou tel homme politique.

2) Le facteur « Évaluation des arguments » correspond à la faculté de faire une distinction entre des informations importantes et pertinentes, et des données superflues.

Quand on cherche à convaincre, on utilise différents arguments pour appuyer son point de vue. Ces arguments n'auront pas tous le même poids et savoir les hiérarchiser nous rendra plus persuasif.
De même dans un débat, il est essentiel de savoir répliquer en soulignant les faiblesses de l'argumentation de ses contradicteurs.

Cette compétence est extrêmement importante dans divers corps de métiers, comme celui d'avocat ou de commercial. Mais elle s'avère aussi utile au quotidien pour mener une négociation ou discuter de politique avec ses amis.

3) Le facteur « Raisonnement déductif » est la faculté de tirer des conclusions en partant de lois générales que l'on va appliquer à des cas particuliers. Par exemple, pour reprendre le syllogisme classique : si tous les hommes sont mortels et que Socrate est un homme, alors on sait que Socrate est mortel.

Ce type de raisonnement correspond traditionnellement aux syllogismes et au raisonnement logique formel : s'il est bien appliqué, il permet d'aboutir à des conclusions forcément vraies. Mais pour cela, il faut que les informations sur lesquelles il se fonde soient vraies.

On utilise beaucoup ce type de raisonnement dans les domaines scientifiques, notamment afin de trouver des applications pratiques à des lois physiques ou biologiques. On va ainsi pouvoir fabriquer des médicaments ou des téléphones portables, concevoir des produits financiers, etc.

4) Le facteur « Raisonnement inductif » représente la faculté de trouver une loi générale à partir d'exemples. Par exemple, tous les cygnes que j'ai vus étaient blancs, donc tous les cygnes sont blancs.

C'est ce type de raisonnement que l'on utilisera lorsque l'on réalisera des inférences : en déterminant des liens entre des données et des indices, on aboutira à des conclusions générales sur ces éléments.

Le raisonnement inductif est très utilisé dans tous les domaines de la vie courante. On le retrouve entre autres dans une enquête de police, dans l'évaluation des habitudes de consommation ou dans l'établissement d'un diagnostic. On le retrouve aussi dans le domaine scientifique (une loi physique est considérée comme vraie tant qu'elle n'a pas été contredite).

QU'EST-CE QUE L'ESPRIT CRITIQUE, LA DEMARCHE CRITIQUE ?

Ceci n'est pas une définition. Cela représente l'état de notre réflexion au moment où il nous a semblé nécessaire de formuler un certain nombre de caractéristiques de l'esprit critique.

L'esprit critique est une démarche de mise en question des opinions et de leurs arguments, du vocabulaire utilisé, de la représentation du réel, de la source émettrice (personne, média, institution, expert, organisme...). Cette démarche peut permettre de les cerner, les distinguer, les situer par rapport aux débats, jusqu'à en démonter la logique. Cela implique de la part de l'enseignant un respect de la capacité de l'élève à penser par lui-même et à l'exprimer. Ce qui est important c'est de montrer qu'une opinion doit être le résultat de cette mise en question. Sa pertinence repose sur l'importance et la qualité de cette démarche. Attention, déconstruire sans cesse doit avoir une limite pour reconstruire, la critique permanente pouvant être déstabilisatrice, il faut aussi aider l'élève à reconstruire. Les seules opinions qui paraissent inacceptables étant celles qui nient les droits des autres.

L'esprit critique est la capacité de porter un jugement personnel, sans se reposer trop (car on ne peut s'en défaire totalement) sur les idées préconçues que nous possédons.
Posséder un esprit critique développé permet d'éviter de se faire manipuler et d'avoir une meilleure vision du monde. Par ailleurs, elle permet se sentir libre de ses opinions, ses choix de consommation et d'affiliation.
À chaque instant, l'esprit critique peut être exercé par la constante remise en question de ce que nous faisons ou voyons, même (et surtout) de tout ce qui nous paraît "normal" par l'habitude. Car l'habitude est le plus grand ennemi de l'esprit critique.

« L'hypercritique est à la critique ce que la finasserie est à la finesse. »
(Charles-Victor Langlois, Introduction aux études historiques, 1898)

# Posté le jeudi 05 février 2009 14:13

Modifié le jeudi 05 février 2009 14:45

Que signifie faire appel à son esprit critique ?

Que signifie faire appel à son esprit critique ?
Le mot " critique " vient du grec " kritikos ", qui signifie " capable de juger, de discerner. " Le terme " esprit " sous-entend un état permanent, comparable dans une certaine mesure à un trait de caractère qui ne s'efface pas. L' " esprit critique " serait donc la tournure d'esprit propre à celui qui, dans chacun des objets qu'il a la possibilité d'observer, cherche à discerner le bien du mal, le vrai du faux. La philosophie étant la recherche du vrai, il apparaît indispensable d'avoir connaissance de la nature de l'esprit critique si l'on veut appréhender cette science.

Comment fonctionne l'esprit critique ? A quoi s'oppose-t-il ? Quels sont les difficultés rencontrées par celui qui y fait appel ? L'esprit critique connaît-il des limites, et, si oui, quelles sont-elles ? L'esprit critique est-il la " voie royale " vers la connaissance de la vérité ?

Exercer son esprit critique, c'est douter. Pour accéder à la connaissance pleine et entière de la valeur d'une chose, il faut nécessairement remettre en cause sa légitimité, son fondement. Celui qui ne doute pas de ce qu'il voit ou de ce qu'on lui a dit n'atteindra jamais la vérité : il fera confiance à l'opinion commune, souvent erronée et toujours malléable, ou à ses sens, généralement trompeurs. Celui qui ne doute pas croira que le Soleil tourne autour de la Terre, car c'est là le message que lui donnent ses sens, et il croira que la politique menée par tel homme d'État est juste, s'il se l'entend répéter quotidiennement par les médias ou ses amis.
Pour juger d'une chose, il faut donc douter. Le doute est la première étape vers la sagesse universelle, il est la porte de la philosophie en même temps que la condition de sa naissance. Nous avons vu que, pour douter, il était nécessaire de mettre de côté l'opinion commune et le message de nos sens, c'est à dire le savoir (ou le prétendu savoir) que nous donne l'expérience. L'Homme doit donc atteindre la vérité en faisant appel, non à l'expérience, mais à la raison. La raison est la pensée organisée indépendante, " un discours que l'âme se tient tout au long à elle-même sur les objets qu'elle examine ", d'après Platon.
L'Homme doit s'interroger seul sur l'objet dont il cherche à déterminer la valeur. Il doit pour cela découvrir son fondement, sa légitimité. Voltaire, qui critiquait violemment la monarchie de droit divin, savait parfaitement que le premier roi de France, dont Louis XV était le descendant, n'avait pas été désigné par Dieu ou par un prophète, mais par une assemblée de seigneurs humains.
L'Homme doit également découvrir ce que cet objet contient de bien et de mal, ainsi que le bien et le mal qu'il est susceptible de causer par la suite. Dans son roman de science-fiction Les Thanatonautes, l'écrivain Bernard Werber met en scène un personnage, Charles Donahue, qui, après sa mort, est jugé par un tribunal d'archanges. Donahue a fondé une entreprise et fait construire une usine de bouteilles. Certes, cette usine a créé des emplois, mais les conditions de travail y étaient mauvaises, elle a pollué toute la région et contribué au réchauffement climatique mondial. Par cet exemple, on peut montrer qu'en toute chose il faut considérer la fin ", fin que la raison est souvent seule à pouvoir appréhender. Seule une personne faisant appel à sa raison est susceptible de juger à la fois du bien-fondé d'une opinion, de sa valeur actuelle et de son " bien-devenir ", de sa finalité.

L'Homme doit donc découvrir la valeur, le fondement et les origines de chaque chose, ou se laisser tromper par les apparences et ne pas pouvoir accéder à la vérité. Cette méthode est celle de Platon qui préconise, pour aboutir à une connaissance parfaite d'une chose, d'adopter la façon qu'avait Hippocrate d'étudier la nature. Pour lui, le philosophe s'interrogeant sur la nature d'une chose doit " se demander d'abord si la chose qu'on veut connaître méthodiquement (...) est simple ou multiple ; puis, si elle est simple, examiner ses propriétés, comment et sur quoi elle agit, comment et par quoi elle est affectée ; si, au contraire, elle comporte plusieurs espèces, les dénombrer et faire sur chacune le travail qu'on a fait sur la chose simple, voir en quoi et comment elle agit, en quoi et par quoi elle est affectée. " Cette méthode, utilisée en mathématiques, est, d'après les platoniciens, la seule qui puisse mener l'Homme vers la vérité.

L'esprit critique tel que nous l'entendons s'oppose donc à de nombreuses autres attitudes mentales vis-à-vis d'une opinion, d'un objet.

Il s'oppose tout d'abord à la croyance inconditionnelle en une " fausse vérité " ou en une chose qui ne peut être prouvée. Le croyant affirme quelque chose sans pouvoir en donner de preuve ; l'Homme faisant appel à son esprit critique ne souscrit à aucune affirmation sans en avoir au préalable examiné la légitimité. On peut difficilement imaginer deux attitudes plus antagonistes.
L'homme exerçant son esprit critique s'oppose également aux empiristes, qui font de l'expérience sensible la source de toute connaissance. Faire appel à son esprit critique implique avoir une tournure d'esprit rationaliste, c'est à dire ne pas faire systématiquement confiance au message sensible. Une personne pour qui la vérité découlerait uniquement de la perception croirait, à tort, que la Terre est plate et que le soleil tourne autour d'elle. Ce n'est qu'en doutant de soi-même qu'on peut remettre en cause une telle cosmogonie, et ce n'est qu'en faisant appel à la logique qu'on peut en prouver la fausseté. Ératosthène a prouvé par les mathématiques que la Terre était ronde bien avant que Magellan n'accomplisse son tour du monde, et Galilée a démontré que notre planète tournait autour du soleil avant que les premiers astronautes puissent l'attester.

Faire appel à son esprit critique, on l'a vu, c'est savoir étudier à fond un problème (qui n'en est pas forcément un pour autrui), en se posant toute une série de questions sur chacun de ses éléments constitutifs afin d'en déterminer la nature. Cette méthode de travail, qui doit mener vers la vérité, s'oppose à celle des sophistes, premiers tenants de la théorie selon laquelle " tout se vaut " et qui pensaient que toute vérité était relative. Les sophistes enseignaient aux jeunes Athéniens fortunés l'art oratoire, l'art de convaincre. Dans ses dialogues, Platon les présente comme des charlatans capables de soutenir, au moyen d'arguments spécieux et démagogues, n'importe quelle thèse, même si celle-ci ne correspond pas à l'idéal de vérité vers lequel doivent tendre les philosophes. Le philosophe faisant appel à son esprit critique, c'est à dire à la raison, est donc opposé au sophisme, et, d'une manière générale, à toutes les doctrines enseignant le caractère relatif de la vérité.

Enfin, il ne faut pas comprendre esprit critique et esprit de critique. L'esprit de critique, c'est l'attitude d'une personne qui prend plaisir à mettre en difficulté ses adversaires par la parole, sans veiller à la pertinence de ses propos. Les " critiquailleurs " voient dans l'esprit critique une fin et non un moyen. En effet, ils ne cherchent pas à atteindre la vérité, mais désirent juste dérouter leurs rivaux. Leur critique est strictement destructive, alors que l'usage de l'esprit critique doit non seulement aboutir à une meilleure connaissance des objets, amis aussi laisser percevoir la possibilité de les améliorer. Faire appel à son esprit critique ne doit pas être une entreprise stérile.

Mais avant d'aboutir à un résultat probant, nombreuses sont les difficultés qui se présentent à la personne désirant faire bon usage de son esprit critique. De plus, on aurait tort de voir dans le rationalisme un moyen d'accéder à la connaissance suprême, à la connaissance de tout.
L'esprit critique implique le doute. Peut-on douter de tout ? Pour les rationalistes, il faut mettre de côté l'expérience des sens. Est-ce véritablement possible ? Pour les platoniciens, il faut négliger l'opinion commune pour atteindre le vrai. Peut-on réellement se défaire de ses préjugés ?
Faire appel à son esprit critique, c'est utiliser sa raison. Or, il est des domaines qui, à jamais, resteront inaccessibles à la raison : ainsi du problème de l'existence de Dieu, par exemple. L'esprit critique connaît donc les mêmes limites que la raison. Si Pascal proposait une sorte de pari sur Dieu, c'est qu'il savait qu'il ne pourrait jamais prouver son existence uniquement par la raison.
Quoiqu'en disent les rationalistes, faire appel à son esprit critique nécessite une certaine expérience de la vie. Un Afghan ou un Iranien ayant vécu toute sa vie dans un même pays et ne connaissant du monde extérieur que ce que la propagande officielle veut bien lui en dire, pourra difficilement mettre en doute le bien-fondé des lois de son pays.
De même, il y a des cas où l'esprit critique ne peut pas s'exercer sans une certaine éducation. Un Afghan ne sachant pas lire n'aura aucune raison de contester la parole des prêtres qui détournent le message du Coran à des fins politiques.

A la vérité, l'esprit critique n'est pas donné une fois pour toutes : ses champs d'exercice dépendent du lieu et de l'époque où l'on se place. Avec le temps, certaines suppositions se transforment en certitudes, elles-mêmes destinées à être nuancées dans le futur. Aujourd'hui, plus personne ne met en doute la théorie de la tectonique des plaques. La dérive des continents est un fait reconnu. Pourtant, l'auteur de cette théorie, Wegener, fut considéré comme un fou par ses contemporains, et il est fort possible que le scientifique visionnaire qui mettra en doute, par exemple, l'origine de la dérive des plaques lithosphériques, subisse le même sort de son vivant.
Rappelons que les philosophes, les penseurs et les scientifiques faisant appel à leur esprit critique restent des êtres humains, et que, de ce fait, ils sont comme tout un chacun sujets à l'erreur et victimes de lacunes, de préjugés. Aristote, géant de la philosophie, était un affreux misogyne. Sigmund Freud, théoricien de la psychologie, pensait que " l'envie de réussir chez une femme est une névrose, le résultat d'un complexe de castration dont elle ne guérira que par une totale acceptation de son destin passif. " Alexandre Dumas, fervent défenseur de l'abolition de l'esclavage déclarait lui qu "'il fallait maintenir la femme en esclavage car elle est un être circonscrit, passif, instrumentaire ". Il est très difficile, même pour les plus grands visionnaires, de se défaire des préjugés du temps, et, par cela même, d'utiliser pleinement son esprit critique.

L'exercice de l'esprit critique rencontre des obstacles, non seulement à l'intérieur de l'individu, mais aussi à l'extérieur. Pression sociale, indifférence du public et force de l'habitude peuvent être aussi dangereux pour l'Homme exerçant son esprit critique que les oublis et les erreurs auxquels il peut être sujet. Galilée s'est vu forcé par le tribunal de l'Inquisition de renier ses travaux prouvant que la Terre tournait autour du soleil, alors qu'il savait pertinemment que sa théorie était juste. Dans les États totalitaires, le gouvernement fait tout pour empêcher la naissance de l'esprit critique : propagande intensive, embrigadement, censure des textes compromettants, falsification de l'Histoire. Les opposants y sont traqués, emprisonnés et souvent éliminés. Les moyens d'empêcher la diffusion d'idées nouvelles sont très nombreux. Dans son Encyclopédie du savoir relatif et absolu, Bernard Werber montre qu'il peut être aussi difficile de lancer un nouveau courant de pensée dans un État libéral que dans une dictature : l'impact d'un essai ou d'un roman véhiculant des idées révolutionnaires est inversement proportionnel au nombre d'essais et de romans disponibles en librairie. Le livre risque en effet de passer inaperçu, croulant sous la masse des ouvrages médiocres.

On peut également se demander si la découverte de grandes vérités définitives est, non seulement possible, mais souhaitable. Le rationalisme absolu est souvent critiqué dans la mesure où il ne laisse aucune place au rêve et à l'imagination, pourtant bien agréables. Si l'on doit exercer son esprit critique sur chaque objet de la vie, on risque fort de passer à côté d'elle comme ces photographes acharnés qui ne voient le monde qu'à travers leurs objectifs. Si l'on analyse en permanence les données de la conscience ne risque-t-on pas d'ôter tout le plaisir d'un film, d'une chanson ?

Pour Francis Bacon, raison et expérience devraient être utilisés conjointement pour approfondir la connaissance que nous avons des objets. En écrivant son Novum Organum, le philosophe anglais rompt avec les deux courants auxquels, jusqu'à lui, appartenaient les philosophes qui se sont intéressés à la science : l'empirisme et le rationalisme. Bacon compare les " empiriques ", c'est à dire ceux qui se soumettent à l'empirisme le plus strict, qui amassent les données, à " des fourmis, [qui] se contentent d'amasser et de consommer ensuite les provisions ", et les " dogmatiques ", c'est à dire les rationalistes purs, pour qui la connaissance repose d'abord sur l'intellect, à des " araignées, [qui] tissent des toiles dont la matière est extraite de leur propre substance. " Pour ce penseur, les philosophes devraient plutôt imiter " l'abeille [qui] tire la matière première des fleurs et des jardins ; puis, par un art qui lui est propre, (...) la travaille et la digère. " Ainsi, la " plus grande ressource et celle dont nous devons tout espérer, c'est l'étroite alliance de ces deux facultés : l'expérimentale et la rationnelle. "

Sans se transformer en abeille, en sachant que l'humanité est loin d'être parfaite, un esprit critique trop exigeant risque de vouloir rester à l'écart de la vie de la cité, dont les manifestations, les coutumes, les lois ne trouvent pas grâce à ses yeux. Ce serait une position intenable pour celui qui désire s'engager dans son travail, la solidarité associative ou la politique.

Cependant, on n'imagine pas cette même personne vouloir changer le monde sans prise de position critique au départ ! C'est là tout le paradoxe de l'esprit critique : il doit pouvoir concilier un certain recul sur le monde et garder la faculté d'intervenir pour modifier son milieu. Inversement, si une personne n'exerce jamais son esprit critique, elle aura en quelque sorte une existence " en creux ", négative, faite d'espoirs déçus et de piètres excuses. Zola semble avoir réussi ce tour de force : après avoir longuement hésité, puis exercé son esprit critique sur les documents du procès Dreyfus, comparé les témoignages, il s'est engagé en sa faveur avec toute la force de son éloquence et de son poids littéraire. Il était alors bien conscient des difficultés de l'entreprise et des répercussions sur sa vie et sa carrière. Plus près de nous, le Général Degaulle , en critiquant presque point par point l'appel du 17 juin du Maréchal Pétain a jeté les bases de la résistance aux nazis. Il aurait pu se contenter comme la quasi totalité des responsables de l'armée d'un attentisme confortable : il a choisi l'exil parce qu'il croyait en la pertinence de son raisonnement militaire et économique.
Si nous exerçons notre esprit critique, avec tous les obstacles que nous avons précédemment soulignés, nous ne pouvons pas plus échapper à notre liberté qu'aux conséquences de nos actes ou de notre indifférence. Il ne s'agit pas d'une attitude négative mais bien d'une aptitude, d'une volonté de construire sur des bases plus saines. C'est une attitude certes personnelle mais profondément lié aux valeurs de la démocratie : la première Constitution (3 septembre 1790) commence par une liste impressionnante de négations avant de fonder un nouveau régime politique.

L'esprit critique nous rend libres : il nous " condamne à chaque instant à inventer l'homme ", très belle formule de Sartre dans L'existentialisme est un Humanisme.

# Posté le jeudi 05 février 2009 14:47

Le language corporel

Le language corporel
Notre comportement influence celui de nos partenaires ; mieux le connaître, le maîtriser et au besoin le modifier nous permet de provoquer un changement chez les autres, en tenant compte de leurs propres objectifs : la PNL propose des modèles et des stratégies facilement utilisables dans la communication interpersonnelle. Ce livre vendu à plus de 30 000 exemplaires permet d'aborder simplement cette méthode d'approche de la connaissance de soi. Ses nombreux exercices peuvent être utilisés individuellement ou dans le cadre d'un travail en groupe.

Comment interpréter les gestes et le langage de vos interlocuteurs ?

La Programmation Neuro-Linguistique, plus connue sous l'acronyme PNL, se présente comme le mode d'emploi du cerveau.

Aujourd'hui largement répandue en entreprise, elle s'est développée autour des compétences professionnelles et fournit différentes techniques pour mieux négocier, former, communiquer et diriger.

Utiliser le langage corporel

Face à un interlocuteur

La PNL donne des outils pour comprendre ce que recherche l'autre, applicables en situation d'entretiens professionnels. Le but de ces techniques est d'aboutir à un dialogue plus ouvert et de rendre votre interlocuteur plus réceptif, en utilisant le langage du corps.

» Le regard : les yeux de celui qui écoute en disent beaucoup sur le niveau de concentration, d'intérêt et d'adhésion de ce dernier. Par exemple, un regard qui part dans différentes directions (vers le ciel, en coin) montre qu'il rentre dans son "monde intérieur", c'est-à-dire, ses pensées, ses sentiments, ses réflexions : il est peu attentif.

Ainsi, les vendeurs savent depuis longtemps qu'une personne qui tourne ses yeux en haut vers la gauche, regarde en son for intérieur une image construite, qu'il imagine. Par contre, s'il tourne ses yeux en haut à droite, il se souvient de quelque chose de déjà vu (mémoire visuelle). Il fait donc fonctionner soit sa créativité, soit sa mémoire... Attention, ces directions sont données du point de vue de l'observateur. Et si le sujet est gaucher, les mouvements doivent être inversés.

» La synchronisation : une technique simple mais qui a fait ses preuves. Elle part du principe que lors d'un échange profond et constructif, les deux personnes calquent leurs gestes l'une sur l'autre. Il ne s'agit pas d'imitation mais d'une connexion inconsciente. Une fois que l'on sait cela, il est facile d'inverser le processus et de se caler volontairement sur la gestuelle de l'autre afin de favoriser le dialogue. "L'échange n'en sera que plus fructueux".

Il n'est pas, pour cela, nécessaire de mimer tous les gestes de son interlocuteur, mais plutôt de choisir un élément de la posture de l'autre. Ce peut être la position des mains ou des jambes. "Pour être sûr d'avoir choisi le bon geste, on modifie progressivement sa position. Si l'interlocuteur suit le geste, c'est que les deux personnes sont en accord. Sinon, ils ne sont pas synchrones".

Les techniques d'ancrage

Lorsqu'on est confronté à une expérience, le corps garde en mémoire nos réactions pour les reproduire dans une situation similaire. "C'est le principe de la phobie. Une expérience traumatisante dans le passé conduit le corps à réagir de la même façon à la simple vue d'un élément rappelant ce traumatisme", que ce soit un animal, un lieu, un objet...

La PNL utilise cette faculté, qu'elle appelle "l'ancrage", et la transpose de façon positive. Avant une présentation orale, on s'imagine en train de réussir son discours, à partir de situations positives que l'on a connues dans le passé. Les expériences auxquelles on se réfère dépendent du résultat souhaité. "Selon que l'on veut adopter un ton humoristique, être concis ou très clair, on va chercher à se remémorer les contextes où l'on a été performant dans ce registre". Avec ces ressources positives, on trace un cercle imaginaire dans lequel on rentre pendant quelques secondes. Cette technique permet de créer des automatismes : au même cercle va correspondre le même état. "Une méthode très utilisée par les sportifs". Pour s'aider, on peut d'ailleurs associer le fait de porter un vêtement ou d'avoir un objet avec soi.

Décrypter les codes linguistiques

Ecouter pour mieux communiquer

La distance sociale entre les individus peut rendre la communication entre eux très difficile. Il est donc primordial d'écouter attentivement la personne en face de soi pour comprendre le sens du message qu'elle cherche à faire passer, sans l'interpréter selon son propre schéma de pensées."Il faut repérer les critères (les tournures de phrases, le vocabulaire...) qui permettent de parler à l'autre dans son mode privilégié d'expression."

Quels éléments faut-il repérer ? On va être attentif à toutes les récurrences, aux indices d'ordre linguistique tels que le champs lexical utilisé et aux formes grammaticales. Ainsi une personne qui utilise souvent des structures du type 'il faut', 'il est nécessaire de', 'si on ne fait pas..., alors...' sera dans une position d'obligation. Pour se mettre à son niveau de dialogue, il faudra lui parler sur le même ton, en jouant sur le registre de l'ordre, de la répression. "Inversement, une personne qui parle en termes de choix et de négociation vivra très mal de recevoir des ordres", précise Eva Marechal.

Lorsqu'on a affaire à un interlocuteur qui ne parle qu'en termes de généralisation ('on est tous d'accord pour dire que...'), on pourra aisément affaiblir ses arguments en lui donnant des contre-exemples. "Il y même de fortes chances qu'il généralise à partir de ce contre-exemple".

Prendre conscience des distorsions de sens

A l'instar de la généralisation, qui vient déformer le sens du propos, d'autres phénomènes, appelés "métamodèles", viennent transformer le message brut.

La PNL recense ainsi les omissions, qui peuvent avoir un impact notable. C'est, par exemple, le cas d'un manager qui fournit des informations approximatives : "nous allons procéder à une réorganisation", "il va falloir améliorer la productivité du service". Dans ces deux exemples le "nous et le "il" ne sont pas assez précis. La phrase ne donne que peu d'informations sur les implications concrètes. L'usage de noms et de verbes "fourre-tout" (améliorer, réfléchir, solidarité, performance) donne un résultat similaire. Chacun a une idée personnelle précise de ce qu'ils signifient mais elle diffèrera d'une personne à l'autre. Il faut donc être attentif à préciser leur sens.

Les relations de cause à effet font également partie des éléments venant perturber la compréhension : ces relations sont souvent subjectives et méconnues de notre interlocuteur. De plus, elles sont tellement ancrées, qu'on ne pense pas à les remettre en question.

Se méfier de ses croyances

Si la PNL est souvent utilisée pour améliorer ses relations avec les autres, elle propose également des outils pour mieux se comprendre soi-même.

Chacun se construit sa vision du monde et cette représentation n'est pas la même que celle de son voisin, ce qui implique souvent des difficultés relationnelles. C'est donc à cette image qu'il faut s'attaquer pour mettre en œuvre le changement. "Certaines croyances peuvent être pénalisantes, comme 'je ne pourrai jamais prendre ma vie en main' ou 'je suis incapable de prendre la parole en public'... Changer ces croyances va permettre de changer la façon dont je vais agir." Il s'agit de faire quelque chose que l'on n'a pas l'habitude de faire, en commençant par de petits pas, l'important est d'oser se lancer. On peut débuter par une nouvelle activité sportive, pour se mettre en confiance (tester le roller alors qu'on est certain de ne pas avoir le sens de l'équilibre), puis tenter des "épreuves" plus délicates telles que poser une question en réunion pour la première fois ou prendre un charge un projet, accepter de manager une équipe...

Créer un cercle vertueux

Pour cela, il faut accepter de se mettre en position de risque. C'est difficile au début mais le cumul d'expériences positives va amener le cerveau à mettre en place un schéma comportemental positif." Cette routine rend les avancées suivantes bien plus faciles à réaliser.

Attention toutefois à ne pas sous-estimer le poids de ces schémas. "Une fois qu'ils sont mis en place, il est très difficile de les changer. Or, si le schéma n'est plus opérant, il peut devenir un handicap." Un nouvel environnement, des méthodes de travail qui ont changé, un patron différent... sont autant de modifications qui peuvent venir perturber l'impact d'une routine auparavant efficace. "Lorsque les schémas ne sont plus adaptés, il faut savoir les changer".

# Posté le mardi 17 février 2009 16:54

Modifié le mardi 17 février 2009 17:11

L'injonction paradoxale

L'injonction paradoxale

Un paradoxe est ce qui défie la raison et semble la mettre en échec. Un paradoxe est ce qui conduit à penser en même temps une chose et son contraire. Un paradoxe est ce qui remet en cause une idée jugée certaine et qui finalement ne l'est certainement pas ! Un paradoxe est une démangeaison, un inconfort mental, une provocation, une obligation faite à l'intelligence de revenir sur elle-même et ses habitudes.

Ce livre présente au lecteur cinquante paradoxes sous forme de défis. À chaque fois, un énoncé décrit une situation en apparence absurde ; puis un texte de solution résout l'énigme (lorsque c'est possible) ; enfin quelques commentaires donnent des indications bibliographiques et suggèrent des renvois sur des pages Internet.

Ouvrez le livre où vous voulez, et comme vous le feriez avec un mot croisé ou un Sudoku, tentez de résoudre l'énigme qui vous est proposée. Si vous séchez, lisez la solution et les commentaires, vous serez étonné de la simplicité des solutions ou, au contraire, des difficultés inouïes qui peuvent naître d'un énoncé qui tient quelquefois en très peu de lignes...


Ordre reçu mais impossible à exécuter. Faire une injonction paradoxale c'est donner un ordre qui contient, de manière indissociable, une affirmation et sa contradiction.

• La contradiction peut être directement exprimée en une seule phrase. C'est la cas dans: “Moi qui suis français, je puis vous affirmer que tous les français sont des menteurs.

• La contradiction peut être distribuée entre deux injonctions différentes mais immanquablement reliées lors de la réalisation ou du passage à l'acte. L'ordre divin “croissez et multipliez”, combiné à la condamnation du péché de chair, le péché originel indélébile, aboutit à une injonction paradoxale

• Une injonction paradoxale est donc un paradoxe, une proposition auto-contradictoire. Puisqu'il s'agit d'un ordre, c'est une double contrainte dont les effets psychologiques sont très perturbateurs. A ce jour, nous n'avons pas trouvé mieux pour produire une irréductible culpabilité voire (selon Grégory Bateson) une très grave schizophrénie.

• Une injonction paradoxale ne suppose pas toujours un dominant et un dominé. Il est possible de se faire à soi-même une injonction paradoxale: c'est tout le charme et toute l'efficacité du paradoxe de la normalité. »

En schéma un peu plus simplifié, ça donne :

1- affirmation de qqc
2- affirmation de qqc sur la 1ère affirmation
3- les 2 affirmations s'excluent/s'annulent

On nomme double contrainte (double-bind) une paire d'injonctions paradoxales consistant en une paire d'ordres explicites ou implicites intimés à quelqu'un qui ne peut en satisfaire un sans violer l'autre. To bind (bound) signifie « coller », « accrocher » à deux ordres impossibles à exécuter avec un troisième ordre qui interdit la désobéissance et tout commentaire sur l'absurdité de cette situation d'ordre et de contre-ordre dans l'unité de temps et de lieu. Sans cette troisième contrainte, ce ne serait qu'un simple dilemme, avec une indécidabilité plus-ou-moins grande suivant l'intensité des attracteurs du type de l'âne de Buridan qui meurt de faim et de soif à mi-chemin entre un sac d'avoine et un baquet d'eau !

La double contrainte existe seulement dans une relation d'autorité qui ordonne un choix impossible et qui interdit tout commentaire sur l'absurdité de la situation.Dans une situation d'indécidabilité, le dilemme est une nécessité de choisir, tandis que l'injonction paradoxale est une obligation (un ordre) de choisir.
L'injonction paradoxale est bien illustrée par l'ordre "sois spontané(e)", souvent utilisé par Paul Watzlawick comme exemple, où devenant spontané en obéissant à un ordre, l'individu ne peut pas être spontané.

Quelques exemples :

Une mère rend visite à son enfant et lui offre deux cravates, une bleue et une rouge. À la visite suivante, l'enfant se présente avec la cravate rouge. La mère lui dit : "tu n'aimes pas la cravate bleue" ?
À la visite suivante, l'enfant se présente avec la cravate bleue. La mère lui dit : "tu n'aimes pas la cravate rouge" ?
À la visite suivante encore, l'enfant se présente avec les cravates bleue et rouge à la fois au cou et sa mère lui dit : "Ce n'est pas étonnant que tu sois placé en pédopsychiatrie" !
c) L'exemple illustratif le plus simple du double bind en psychologie est un enfant de parents qui se séparent ou divorcent. Comme tous les enfants, il a un lien affectif, existentiel avec chacun des deux parents. Si la rupture se passe en douceur, alors ce serait épanouissant pour l'enfant avec deux foyers et deux milieux sociaux et culturels enrichissants et épanouissants.
Le drame arrive lorsque les parents, se battent et s'affrontent, alors l'enfant est écartelé entre deux loyautés et deux liens ("bind") qui divergent et s'affrontent. Les parents exigent de l'enfant de choisir entre l'un ou l'autre à partir de trois injonctions existentielles et primordiales pour la vie psychique et sociale de l'enfant.
• Aimes-tu ton père ?
• Aimes-tu ta mère ?
L'enfant répond : laissez moi tranquille avec vos affaires !
• Tais-toi ingrat !... »

Une injonction paradoxale contient dans son expression sa propre contradiction... quand le sujet est léger, ça prête à sourire, mais quand ce sont des sujets plus graves, les effets peuvent être très perturbants... et encore plus quand c'est adressé par une personne à une autre dont elle dépend affectivement.

Autre exemple = veuillez ne pas lire cette phrase !

# Posté le mardi 17 février 2009 17:23