Le Renseignement technique

Site de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale : http://www.ihedn.fr
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# Posté le mardi 18 mars 2008 05:54
Modifié le mardi 18 mars 2008 06:17

Eric Denécé directeur du CF2R

Eric Denécé directeur du CF2R
Directeur du CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement), Éric Denécé, 43 ans, ne rechigne pas à décliner clairement sa profession : spécialiste du renseignement. Reconverti dans le privé, cet ancien militaire travaille à découvert depuis une quinzaine d'années et a même créé, avec l'université de Bordeaux 4, un diplôme dédié au renseignement et aux services secrets.

« Un métier d'information...un peu particulier »

Comment avez-vous débuté dans le renseignement ?

Après avoir étudié la géopolitique et les questions militaires à l'université, je me suis engagé dans la marine, où je suis devenu officier de renseignement. J'ai d'abord été sur un chasseur de mines pour faire du renseignement opérationnel : photos d'installations militaires, préparation de débarquements, cartographie... Puis, je suis rentré au secrétariat général de la Défense nationale, qui dépend du Premier ministre, où je faisais du renseignement stratégique sur l'Asie du Sud-Est. Après trois ans dans l'armée, j'ai choisi de travailler dans le civil.

Pourquoi êtes-vous passé dans le privé ?

Pour des raisons financières et pour être plus dans l'action. Parce que le renseignement dans l'armée, c'est à 90 % un travail de bureau. Les opérationnels de la DGSE [Direction générale de la sécurité extérieure, NDLR], souvent détachés des forces spéciales pour attraper, par exemple, des types du GIA ou d'Al-Qaida, ne sont pas nombreux. En choisissant l'entreprise, j'ai opté pour un travail de terrain en intelligence économique.

C'est-à-dire ?

L'intelligence économique, c'est du renseignement au service des entreprises. Cela ne consiste pas simplement à faire de la veille technologique sur Internet, mais plutôt à monter un réseau d'informateurs, recruter des agents, infiltrer, manipuler des sources, mettre en place des procédures de sécurité pour ne pas se faire piéger... C'est un métier d'expert en information ou de conseil un peu particulier.

Pour quels genres de missions fait-on appel à vos... conseils ?

Il peut s'agir d'aider une entreprise à gagner un marché. Ou, à l'inverse, elle peut vouloir se prémunir face à l'agressivité d'un concurrent déloyal.

Concrètement, comment intervenez-vous ?

Tout commence par un briefing pour comprendre le métier, le contexte et l'objectif de l'entreprise. Par exemple, une société française de construction qui répond à un appel d'offres sur un chantier en Chine va nous demander d'en savoir plus sur le projet (s'agit-il d'un vrai appel d'offres, ou les dés sont-ils truqués à l'avance ?), sur l'état des concurrents (quels sont leurs atouts ? Leurs points faibles ?), sur l'influence de chaque membre du comité de décision...

À quel moment êtes-vous dans l'illégalité ?

Quand on a recours aux pratiques de l'espionnage : effractions, écoutes, fausses identités. Cela m'est arrivé à l'étranger pour protéger les intérêts d'une société française victime d'une agression délibérée, avec vol de brevets. Mais le plus souvent, on a des résultats sans recourir à des moyens illégaux. En fait, nous transgressons plus souvent l'éthique que la légalité. Par exemple, en organisant de faux appels d'offres pour comprendre ce que fait la concurrence, en accompagnant une délégation pour savoir qui rencontrer avant la signature d'un contrat...

Utilisez-vous des gadgets ?

Principalement des matériels d'écoute : un micro dans une montre, une caméra dissimulée dans un téléphone... On peut aussi recourir à l'intrusion informatique : des hackers sont capables de pénétrer le central informatique d'un hôtel pour détourner les appels téléphoniques ou modifier un nom sur une réservation.

Faut-il faire preuve de courage physique ?

Non. En fait, j'ai d'abord un rôle de scénariste. Ce qui compte, c'est la capacité à monter une opération en utilisant des équipes sur place : trouver une femme pour quelqu'un de sensible aux femmes, un technicien pour discuter avec un autre technicien... On est un peu manipulateur. Et ce n'est pas moi qui vais faire des filatures, car je serais vite repéré !

Quels sont les risques du métier ?

Le cynisme. Voir le décalage entre les apparences et la réalité du monde économique fait perdre pas mal de naïveté. Pour autant, j'ai le sentiment d'être utile à la société. Quand j'ai été chargé de surveiller la délégation du Comité olympique pour savoir qui de Pékin, Toronto, Londres ou Paris était le mieux placé pour accueillir les Jeux de 2008, j'aidais les intérêts français. Même si le résultat n'a pas été pas atteint...

Agent secret dans le privé, ça paie bien ?

Le plus souvent, je suis rémunéré à la journée comme un cabinet de conseil : entre 1 000 et 3 000 euros selon les infos demandées et la taille du client. Certaines entreprises paient au résultat. Si mon plus gros contrat a été d'environ 300 000 euros, les palaces et les grosses voitures, c'est réservé à James Bond.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se lancer dans ce métier ?

Sur un marché du travail très limité, je conseillerais, en plus de décrocher un diplôme du type master en intelligence économique ou en relations internationales, d'aller passer trois ou quatre ans dans la police ou l'armée, à la DGSE, à la DST [Direction de la surveillance du territoire, NDLR]. ou aux Renseignements généraux. Ce afin d'apprendre le métier et de se créer un réseau.

Son parcours

1963 : naissance à Paris.
► 1982 : bac sciences économiques et sociales.
► 1986-1989 : officier de renseignement dans l'armée après un master – ex-DESS (diplôme d'études supérieures spécialisées) – en science politique (Paris 2) et un master en histoire des relations internationales (Paris 1).
► 1990-2002 : consultant en intelligence et sécurité économique dans différentes sociétés (PHL consultants, GEOS...), puis directeur général de Cabinet Argos Engineering.
► 2003-2006 : directeur du Centre français de recherche sur le renseignement.

Site de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques : http://www.iris-france.org
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# Posté le mardi 18 mars 2008 06:07

LA CULTURE DU RENSEIGNEMENT : L'ART DE SAVOIR, DE SURPRENDRE ET DE DUPER

LA CULTURE DU RENSEIGNEMENT : L'ART DE SAVOIR, DE SURPRENDRE ET DE DUPER
L'histoire a maintes fois démontré que la surprise est, dans le domaine de la guerre, l'arme absolue qui permet à celui qui l'utilise d'inverser les rapports de force. "Avec de l'imagination, on possède à tous les coups son adversaire. Il n'y a pas de fortification, de régiments d'élite (...) qui puissent résister à cette arme toujours secrète et toujours nouvelle". La ruse constitue le principal élément pour créer la surprise. Elle est une procédure indirecte pour atteindre un objectif et permet notamment de transformer la faiblesse en force. Mais pour pouvoir surprendre, il faut d'abord être renseigné. La victoire ne peut donc s'affranchir ni du contrôle de l'information, ni du recours à la tromperie, qui doit la rendre plus rapide et la moins coûteuse possible.

Or, le renseignement, la ruse et la duperie n'ont jamais été, en France, des arts reconnus à leur juste valeur. Héritage de notre histoire médiévale, divers comportements assez antinomiques avec le recours à ces pratiques se sont enracinés dans la tradition nationale : le sens exacerbé de l'honneur ; la droiture et son corollaire, le rejet du mensonge ; la glorification de l'exploit guerrier individuel ; le goût du Français pour les batailles rangées, les uniformes rutilants et les sacrifices héroïques. Dans notre pays, depuis longtemps, la beauté du geste compense l'insuffisance des résultats pratiques ; l'élégance dans l'action fait pardonner l'inefficacité, voire l'absence de réussite.

Ainsi, à la veille de 1914, on considérait encore comme incompatible l'état d'officier avec celui d'espion, car le second contredisait l'idéal d'honneur du premier. "Ces pratiques ne seront jamais goûtées des officiers français ; cette école ne fera jamais chez nous de nombreux prosélytes : notre droiture s'y refuse d'instinct. Ces pratiques ont pour elles la raison, la logique, tout ce que l'on voudra ; ce n'en est pas moins une besogne qui se heurte chez nous à une insurmontable répugnance. Voilà la vérité. On peut dire du sentiment instinctif d'une race ce qu'on dit du coeur humain : qu'il a des raisons que la raison ne connaît pas"2. Bien que notre perception du renseignement ait évolué, notamment depuis le désastre de 1940, nous ne pouvons dire que son utilité ait véritablement été intégrée par nos gouvernants et nos acteurs économiques, ni que sa pratique se soit généralisée chez les militaires.

En la matière, la seule visite d'une library britannique ou américaine permet de constater que notre pays accuse un singulier retard par rapport à ses alliés anglo-saxons. Lorsqu'un ouvrage sur ce thème parait en France, dix au moins sont publiés outre-Manche et outre-Atlantique. Nous paraissons, en comparaison, dépourvus d'une culture du renseignement dépassant l'étroit cadre des professionnels et des rares spécialistes du sujet. Nombreux sont les anciens acteurs du domaine qui, comme l'Amiral Lacoste, constatent amèrement que "la culture du renseignement des classes dirigeantes et de l'opinion publique est notoirement déficiente, conséquence des vicissitudes de l'histoire contemporaine et traduction de quelques traits particuliers de la société". Il convient donc d'en chercher les causes et de s'interroger sur l'éventualité d'un déterminisme historique défavorable.

Ce n'est un mystère pour personne que le caractère dominant de notre histoire est essentiellement "terrien". Nous sommes, aussi loin que remontent nos origines, "le peuple paysan par excellence, ce qui a fait notre richesse, notre puissance et notre gloire pendant dix siècles. La terre du blé et de la vigne". Pendant longtemps le Français n'a pas eu besoin d'aller à l'extérieur, de courir les mers pour se nourrir ou commercer. Son territoire, par sa richesse et sa diversité, lui offrait tout ce dont il pouvait avoir besoin. Alors pourquoi serait-il allé voir au-dehors ? Pour quel motif se serait-il informé sur l'extérieur ? La géographie et l'histoire n'ont pas fait du Gaulois, un curieux, ni véritablement un conquérant. D'autant que les principales atteintes à la sécurité nationale sont toujours venues des frontières continentales. Depuis Alésia, en 52 avant J.C., jusqu'à Dien Bien Phu, 2 000 ans plus tard, nous avons fait de la bataille d'arrêt notre spécialité. Avec des fortunes diverses.

Par ailleurs, notre héritage cartésien a façonné un esprit national caractérisé par une forte tendance à la conceptualisation et à l'abstraction - pouvant aller parfois jusqu'au refus d'admettre les faits - au détriment de la résolution de problèmes concrets. Comme le remarque le Général Mermet, un autre ancien directeur de la DGSE, "nous avons tendance, plus que d'autres peuples, à négliger les faits au bénéfice des idées, et à préférer les jugements subjectifs aux témoignages indiscutables, que ce soit dans les affaires politiques, où par exemple nous avons été quelque peu réticents à appréhender les changements à l'Est, ou dans les affaires militaires, comme en témoigne l'aveuglement du Haut Commandement français avant 1939, alors qu'il disposait des renseignements indiscutables".

Surtout, se pose en France un double problème :

- d'une part, notre pratique du renseignement a été par tradition - mais aussi par nécessité - longtemps orientée préférentiellement vers l'interne. La lutte contre l'ennemi intérieur est un des traits dominants du modèle culturel français. La mémoire collective en a retenu légitimement la lutte sournoise de Guillaume de Nogaret contre l'ordre du Temple, les combats de Richelieu et de Louis XIV contre les protestants ou les cycles de répression conduits par le Comité de Salut Public, puis par la police secrète de Fouché. Elle méconnait, en revanche, les réseaux de renseignement tissés par le père Joseph et ses capucins dans l'Europe du XVIIe siècle, le "bureau de la partie secrète" de Carnot pendant la Révolution ou les exploits de Schulmeister sous l'Empire. Sans même parler des succès des "travaux ruraux" du Commandant Paillole sous l'occupation ;

- d'autre part, depuis l'affaire Dreyfus, nos services de renseignement sont victimes de la défiance des hommes politiques. Personne n'a oublié comment cette affaire d'espionnage et ses conséquences ont destabilisé en leur temps la société française toute entière. Depuis ce traumatisme, les chefs de gouvernement ont toujours verrouillé les services plutôt que de s'interroger sur la manière de mieux les utiliser et de les rendre plus performants. Cela a lié le renseignement français, plus que dans aucun autre pays occidental, aux aléas de la vie politique et des ses épisodes électoraux. Si l'on ajoute à cela les affaires Ben Barka et Greenpeace, il est possible de se faire une idée des dispositions du pouvoir politique et de l'opinion à l'égard des services5.

En conséquence, le renseignement est connoté très négativement dans notre conscience collective, car il est synonyme d'espionnage, de viol de la vie privée et de coups tordus. En revanche, le contre-espionnage, c'est à dire cette partie du système qui vise à protéger nos intérêts militaires, industriels et économiques, bénéficie d'un préjugé beaucoup plus favorable. Dans notre pays, tout ce qui est censé défendre est plus facile à mettre en oeuvre que ce qui est destiné à attaquer. Un tel état d'esprit nous cantonne dans la défensive et ne nous permet guère d'anticiper. D'autant que la mentalité française se caractérise souvent par sa réticence face à la nouveauté et par un certain scepticisme engendrant des comportements vélléitaires, l'analyse des risques paralysant l'action. Pourtant, nous ne manquons ni d'expériences réussies, ni de femmes et d'hommes doués pour ces exercices. Nous ne saurions donc retenir l'idée d'un déterminisme historique négatif, ni croire à une incapacité française en ce domaine.

Nous pouvons, par exemple, nous réjouir du fait que, depuis quelques années, la notion d'intelligence économique soit devenue familière à défaut d'être véritablement mise en oeuvre dans les entreprises et l'administration françaises. Il s'agit là d'un premier pas, même si la mode nous vient d'outre-Atlantique et du Japon et si l'on peut regretter qu'elle n'ait pas résulté d'une prise de conscience nationale du nouveau rôle de l'information dans les sociétés modernes. Toutefois, cette nouvelle discipline se positionne en France en se démarquant autant qu'elle le peut du renseignement et en quasi-opposition avec ses pratiques dans la crainte de l'amalgame avec l'espionnage industriel. Elle n'en est pourtant qu'une forme dérivée. Cette attitude révèle encore le poids des idées reçues et les incompréhensions profondément ancrées dans l'inconscient collectif, qui sont autant de freins à l'existence d'une véritable culture nationale du renseignement.

Site internet de l'Institut Français des Relations Internationales : http://www.ifri.org
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# Posté le mardi 18 mars 2008 06:27

Reportage sur la DGSE (TF1)

Site internet de l'Institut Français d'Analyse Stratégique : http://www.strato-analyse.org/fr
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# Posté le mardi 18 mars 2008 07:04

Générique espion d'état

Site internet du Centre des Sciences Sociales de la Défense : http://www.c2sd.sga.defense.gouv.fr
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# Posté le mardi 18 mars 2008 07:18