Vivre avec une intelligence hors norme, est-ce vraiment un avantage? Pas sûr.
«Je n'ai jamais considéré le plaisir et le bonheur comme une fin en soi et j'abandonne ce type de jouissance aux individus réduits à des instincts de groupe. » Ce sont les paroles d'un génie: Albert Einstein. Tout Prix Nobel de physique qu'il fut, le savant avouait des failles.
«Toute personne surdimensionnée, et donc surdouée pour certaines dimensions, est presque obligatoirement sous- dimensionnée et complètement sous-douée pour d'autres dimensions. A la limite du stupide au regard d'autrui!» relève Solène Laurenceau, psychologue et auteur de «Précoce... et après? Comment être décalé sans souffrir» (NK Editions). Autrement dit, les surdoués ne le seraient pas en toutes circonstances. Pourquoi une intelligence hors norme n'est-elle pas toujours un avantage? Pire, elle serait même source de souffrance pour celui qui en est pourvu.
Quand l'enfant précoce devient un adulte surdoué. La différence qui caractérise un enfant précoce de ses semblables est très importante. «J'oserais simplement dire qu'à l'âge adulte, cette différence est en taille XXL!
La même chose mais en plus grand», explique Solène Laurenceau. On parle de précocité lorsque le Q. I. d'unindividu dépasse 130, sachant que la normalité se situe entre 90 et 110. En général l'enfant précoce devient un adulte «surdoué», mais n'utilise pas toujours ses aptitudes.
Un avantage ou un handicap? L'adage populaire le dit : heureux les simples d'esprit, et résume en quelques mots la souffrance des adultes dotés d'une capacité de réflexion supérieure. «L'organisation de leurs pensées est extrêmement complexe. C'est un arbre aux multiples ramifications. Quelques fois, tellement sans fin, qu'ils s'y perdent», explique la psychothérapeute. Mais l'une de leurs plus grandes souffrances tient dans le sentiment d'être en perpétuel décalage. Ainsi en va-t-il notamment de leur humour. «Ils manient parfaitement le deuxième degré. Le problème c'est que tout le monde ne les suit pas au même tempo. »
A force d'être recalé, en rupture avec ce et ceux qui les entourent, ces surdoués du cerveau peuvent finir parfois par se taire et s'isoler. Leurs capacités de compréhension, d'apprentissage, de mémorisation intellectuelles peuvent aussi dans certains cas les rendre égocentriques, blasés, imbus d'eux-mêmes. Ce qui n'arrange pas leur relation aux autres. «Un peu d'humilité est valable pour toute l'humanité, quel que soit le degré de l'intelligence!» rappelle Solène Laurenceau.
Comment le surdoué s'adapte-t-il à la société? Mal. La précocité se détecte notamment par la difficulté qu'ont de jeunes enfants à nouer des contacts sociaux. Dans la cour de récréation ils sont fréquemment à l'écart.
Comme en témoigne la soeur d'Einstein: «Pendant des heures, il jouait seul dans son coin. » D'autre part, ils acceptent mal les contraintes de toutes sortes. Ainsi ont-ils été des élèves agités et perturbateurs. Il n'est pas rare que de grands génies aient été des écoliers médiocres, voire des cancres.
Ces particularismes perdurent à l'âge adulte. «Le surdoué s'adapte mal aux règles de la société, au monde du travail en particulier. Il a de la peine avec ses collègues, avec l'organigramme, avec les ordres, etc. Il a rapidement fait le tour d'une tâche, se lasse, s'ennuie. » Professionnellement insatisfait, le surdoué n'est pas plus en phase dans sa vie intime et familiale. Il se montre très peu intéressé par les contingences du quotidien. «Hyperconceptualiser sera plus facile d'accès que de ranger une table après un repas, certainement», affirme Solène Laurenceau.
Privé de spontanéité. Ainsi, ce qui relève du naturel leur paraît tout aussi incongru. «Je ne fais jamais les choses à la légère, je réfléchis sur tout», avouait une patiente à Solène Laurenceau. Le calcul permanent, l'analyse de toute chose coupent le surdoué de la spontanéité. Parfois il la travaille et la maîtrise: «Un jeu de rôle semble l'habiter, (...), toutefois c'est un jeu que personne ne remarquera, puisqu'il est tellement bien managé», note la psychologue.
Le surdoué peut-il être heureux et comment l'y aider?
«Tout se travaille!» soutient la psy. Dans un premier temps, il faut toutefois que le surdoué accepte sa différence et essaye de l'admettre. Ceci implique du même coup qu'il comprenne que tout le monde ne pense pas comme lui, ni aussi vite ni aussi loin. «Se forcer à aller au-devant des autres reste une base, un passage obligé», selon Solène Laurenceau qui n'hésite pas non plus à motiver les surdoués en souffrance à accomplir des choses «médiocres», faire les courses, le ménage, manger...
Trouver un cadre à la mesure de leur supériorité. Plus globalement, il existe d'autres voies de secours pour ces cracks du mental. «Il faut trouver un sens au fait d'être là, sur terre, avec un tel montage, parmi les humains, parce qu'au-delà du sentiment de frustration, dans une souffrance plus intense, il y a la mort, l'envie de fuir ou de mourir», écrit la psychologue. L'idée positive est que leur intelligence soit dirigée vers un terrain d'exploration suffisamment vaste pour qu'ils n'en atteignent jamais les limites et orientée vers une mise en service à autrui. Ce peut-être l'art, l'humanitaire, l'astronomie ou même la physique. N'est-ce pas Monsieur Einstein?